Accompagnement du deuil

QUAND LE DEUIL EST PROCHE

Après un événement violent ou qui nous effraie, le deuil peut prendre différentes formes. Nous pouvons ressentir de la tristesse, de la colère, de l’engourdissement, de la peur, de la tendresse, de la joie, de l’incrédulité, ou presque rien… Nous pouvons être en deuil de personnes que nous connaissions, d’un sentiment de sécurité, de l’enfance que nous souhaitons pour nos enfants, du monde que nous pensions comprendre, mais aussi de la Terre que des Harpagons continuent de piller.

À la suite de la fusillade dans une école de Bend1 dans l’Oregon, là où je vis, et alors que des violences sont exercées contre la population et la presse par les forces de l’ordre françaises en France2, ce guide propose des pistes pour faire une pause, retrouver un peu de stabilité et laisser une place à ce qui nous traverse.

Vous n’avez pas besoin de suivre toutes les pratiques, de ressentir quoi que ce soit en particulier, ni de donner un sens à la douleur. Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise façon de réagir. Prenez ce qui vous fait du bien. Laissez le reste. Vous pouvez vous arrêter à tout moment.

Ces pratiques créatives et inspirées par la nature sont des invitations à la réflexion. Elles ne constituent ni une thérapie ni un substitut à un accompagnement professionnel. Si vous êtes directement touchés par les événements, si vous ne vous sentez pas en sécurité ou si le quotidien devient difficile à gérer, adressez-vous à une personne de confiance ou à un service d’aide qualifié. Vous n’avez pas à porter tout cela seul·e.

Choisissez une petite pratique. Vous n’avez pas besoin de vous sentir apaisé·e ou d’aller mieux après l’avoir essayée pour que ce moment compte.

SORTIR, SANS DEMANDER À LA NATURE DE TOUT RÉPARER [2 minutes] – Si cela vous est accessible et que vous vous sentez en sécurité, restez quelques minutes près d’un arbre, dans un jardin, sur un perron ou près d’une fenêtre ouverte. Remarquez un détail ordinaire : le contour d’une feuille, un nuage qui se déplace, le chant d’un oiseau, la température de l’air. Vous n’avez besoin d’y trouver ni beauté ni de ressentir de la gratitude. Contentez-vous de remarquer ce qui est là.

REVENIR AU PRÉSENT [1 minute] – Laissez votre regard parcourir la pièce ou le paysage autour de vous. Remarquez votre respiration sans chercher à la modifier. Invitez vos sens à vous ramener au présent : nommez une chose que vous voyez. Écoutez un son. Identifiez une odeur. Remarquez une sensation corporelle.

Si porter attention à votre corps vous met mal à l’aise, ne jugez pas cette réaction. Revenez simplement à vos autres sens.

CRÉER UNE PETITE TRACE DE CE MOMENT [3 minutes] – Créer est une possibilité, non une obligation. Sur une feuille de papier, griffonnez, dessinez des formes ou choisissez quelques couleurs qui vous parlent et correspondent à ce que vous ressentez. Votre dessin n’a pas besoin de représenter quoi que ce soit.

À essayer pendant 3 minutes

Une chose qui pourrait m’aider à traverser la prochaine heure : ________________________________

Pliez la feuille, gardez-la, déchirez-la, jetez-la ou laissez-la inachevée…

CONFIER UN SOUVENIR À UN PETIT OBJET [3 minutes] – Choisissez une pierre, une feuille tombée au sol, une photographie, une fleur, un morceau de tissu ou un objet ordinaire qui a trouvé sa place dans votre vie. Tenez-le dans votre main, posez-le près de vous ou prenez simplement le temps de le regarder. Remarquez ce qu’il fait émerger (une personne, un lieu, un instant, une émotion, ou rien de particulier). Vous n’avez pas besoin de faire surgir un souvenir. Donnez-lui un nom, si vous le souhaitez (un mot, une émotion, une question ou quelques mots en mémoire de quelqu’un : ce qui demeure, ce qui me manque, ce que je porte en moi, ce que je ne parviens pas encore à nommer.)

À essayer pendant 3 minutes

Laissez-le être ce qu’il est. Vous n’avez pas à expliquer sa signification à qui que ce soit, ni à en faire quelque chose de beau ou de réconfortant. Vous pouvez garder l’objet dans votre poche, le poser sur un rebord de fenêtre ou le placer à côté d’une photographie. Vous pourrez y revenir un autre jour, ou choisir de vous en séparer. Si le souvenir devient trop présent ou vous submerge, mettez l’objet de côté et ramenez votre attention vers ce qui est là, dans le présent : vos pieds sur le sol, les sons autour de vous ou la présence d’une personne en qui vous avez confiance.

Il n’est pas nécessaire de retenir un souvenir pour lui rendre hommage, ni de le laisser partir avant d’être prêt·e.

FAIRE UNE PLACE AU LIEN – Envoyez un message simple à une personne auprès de laquelle vous vous sentez en sécurité : « Je pense à ce qui s’est passé. Je n’ai pas besoin que tu trouves une solution, mais est-ce qu’on pourrait parler un peu ou simplement rester ensemble ? » Vous pouvez aussi demander une aide concrète : un repas, une promenade, un coup de main pour une tâche ou simplement de la compagnie pendant une activité ordinaire.

Nous souhaitons souvent aider, sans toujours savoir de quoi l’autre personne a besoin. Demander, puis écouter la réponse, est un premier pas.

QUAND LES ENFANTS POSENT DES QUESTIONS – Les enfants peuvent entendre des bribes d’informations ou de conversations et essayer de comprendre ce qui se passe.

Commencez par leur demander ce qu’ils ont entendu et ce qu’ils en comprennent. Écoutez leurs questions, répondez honnêtement avec des mots adaptés à leur âge et reconnaissez que vous ne connaissez pas toutes les réponses. Laissez les enfants guider la conversation et rassurez-les : ils pourront revenir vers vous avec d’autres questions, quand ils en auront besoin. Pour aller plus loin, consultez les ressources du Dougy Center destinées aux enfants, aux familles et à leurs proches⁠.

Lorsque le deuil est difficile à nommer, nous pouvons aussi l’approcher par des gestes plutôt que par des mots. Allumer une bougie, placer une photographie à côté d’un caillou, marcher avec un souvenir ou se recueillir autour d’un objet peut être une manière simple de reconnaître ce qui compte pour nous.

Dans Embracing Grief, Sobonfu Somé évoque le rituel depuis les traditions culturelles et spirituelles du peuple Dagara dont elle est issue. Elle décrit son rôle dans le lien entre l’individu, la communauté, les ancêtres et le sacré. Ses mots offrent une perspective parmi d’autres sur la façon dont le rituel peut nous aider à faire une place au chagrin et à maintenir un lien avec ce que nous avons perdu. Les rituels prennent des formes multiples selon les cultures et les communautés. Ils n’ont pas besoin d’être religieux, élaborés ou partagés avec d’autres. Ils peuvent prendre la forme d’un geste simple et intentionnel, par lequel nous accordons notre attention à une personne, à une perte ou à un moment qui compte. Laissez vos propres convictions, vos relations et votre situation vous guider. Gardez ce qui résonne en vous et laissez le reste.

« Le but des rituels est de nous conduire vers un lieu de découverte de soi et de maîtrise de soi… En ce sens, le rituel est à l’âme ce que la nourriture est au corps physique… Les rituels sont des activités participatives qui engagent l’être tout entier : le corps, l’esprit, le mental et l’âme. Dans nos rituels, nous faisons appel aux esprits, aux ancêtres et aux êtres d’autres dimensions pour nous guider à chaque étape. Les rituels sont une forme de prière continue. Ils nous aident à intégrer consciemment une évolution spirituelle saine et authentique, et à habiter le sacré d’une manière qui nous aide véritablement à nous transformer. » — Sobonfu Somé, Embracing Grief Lire le texte original⁠

Vous n’avez pas besoin de créer une cérémonie élaborée. Un geste simple, porteur de sens, peut suffire.

  • Créez un autel en mémoire des ancêtres, connus ou inconnus
  • Exprimez le deuil avec le corps par le mouvement, la danse, la voix ou la marche.
  • Explorez des rituels saisonniers et inspirés par la nature.
  • Reconnaissez que l’anesthésie affective peut être une réaction possible au trop-plein émotionnel, sans chercher à la faire disparaître.
  • Retrouvez du lien grâce au soutien entre pairs et au partage de vécus.
  • Explorez la médecine des plantes en tenant compte de leur contexte culturel et des précautions nécessaires.
  • Essayez, si cela vous convient, des exercices de respiration douce et des mouvements inspirés de la MTC

Quand un soutien supplémentaire peut être utile – Si la détresse persiste, s’intensifie, perturbe le sommeil ou le quotidien, ou devient trop difficile à traverser seul·e, envisagez de vous adresser à un·e professionnel·le santé ou à un service d’accompagnement adapté. Demander de l’aide n’est ni un échec ni un manque de résilience

Parfois, nous avons besoin de mots. Parfois de silence, de mouvement, d’une présence attentive ou d’un petit geste fait de nos mains. Parfois, revenir à une tâche ordinaire et laisser les émotions aller et venir à leur propre rythme est tout ce dont nous avons besoin.

Mon travail associe l’art, la nature, l’écriture et le cycle des saisons pour ouvrir des espaces de réflexion et de rencontre. À travers Tending Grief et mes retraites créatives en nature, je propose des façons d’observer, de se souvenir et d’exprimer ce qui nous traverse. Ces ateliers s’inscrivent dans une approche attentive au deuil, mais ne constituent pas un accompagnement clinique et ne prescrivent aucune manière de vivre son deuil.

Vous pouvez choisir une seule pratique dans ce guide et laisser toutes les autres de côté. Vous n’avez pas à faire quelque chose de beau à partir de ce qui s’est passé. Vous pouvez simplement commencer là où vous êtes.

Sincèrement,

Clara-Julia Peru

Ce guide est proposé gratuitement pour un usage personnel et peut être partagé avec mention de sa source et de son autrice. Il a une visée informative et de soutien. Il ne constitue ni un avis médical, ni une psychothérapie, ni un service d’intervention en situation de crise. Les pratiques créatives et inspirées par la nature peuvent avoir des effets différents selon les personnes et ne remplacent pas un accompagnement professionnel.

  1. https://www.dougy.org/resource-articles/after-a-school-shooting-or-large-scale-tragedy ↩︎
  2. https://news.un.org/fr/story/2026/10/1159695 ↩︎

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